18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 16:30

 

J'ai décidé aujourd'hui de saluer une très grande page de notre histoire avec le texte d'un adolescent sublime : Rimbaud.  Adamante


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"Arthur Rimbaud n'avait que seize ans et quelques mois lorsqu'au cours d'une de ses fugues -de Charleville à paris- il se rallia de cœur à la Commune et aux communards.

Contrairement à la légende, Rimbaud ne combattit pas dans les rangs des Fédérés. 

Arrivé à Paris le 25 février 1871, couchant dans des péniches à charbon, se nourrissant comme il pouvait, il quitta la capitale huit à dix jours après, regagnant à pied sa ville natale (Charleville) avant la révolution du 18 mars."

          Georges Soria La Gde Histoire de la Commune de Paris Ed. R. Laffont pour le LCD

 



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Ô lâches, la voilà ! Dégorgez dans les gares !

Le soleil essuya de ses poumons ardents

Les boulevards qu’un soir comblèrent les Barbares.

Voilà la Cité sainte, assise à l’occident !

 

Allez ! on préviendra les reflux d’incendie,

Voilà les quais, voilà les boulevards, voilà

Les maisons sur l’azur léger qui s’irradie

Et qu’un soir la rougeur des bombes étoila !

 

Cachez les palais morts dans des niches de planches !

L’ancien jour effaré rafraîchit vos regards,

Voici le troupeau roux des tordeuses de hanches :

Soyez fous, vous serez drôles, étant hagards !

 

Tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes,

Le cri des maisons d’or vous réclame. Volez !

Mangez ! Voici la nuit de joie aux profonds spasmes

Qui descend dans la rue, Ô buveurs désolés,

 

Buvez ! Quand la lumière arrive intense et folle,

Fouillant à vos côtés les luxes ruisselants,

Vous n’allez pas baver, sans geste, sans parole,

Dans vos verres, les yeux perdus aux lointains blancs ?

 

Avalez, pour la Reine aux fesses cascadantes !

Écoutez l’action des stupides hoquets

Déchirants !  Écoutez sauter aux nuits ardentes

Les idiots râleurs, vieillard, pantins, laquais !

 

Ô cœurs de saleté, bouches épouvantables,

Fonctionnez plus fort, bouches de puanteurs !

Un vin pour ces torpeurs ignobles, sur ces tables…

Vos ventres sont fondus de hontes, ô Vainqueurs !

 

Ouvrez votre narine aux superbes nausées !

Trempez de poisons forts les cordes de vos cous !

Sur vos nuques d’enfant baissant ses mains croisées

Le Poète vous dit : « Ô lâches, soyez fous !

 

Parce que vous fouillez le ventre de la Femme,

Vous craignez d’elle encore une convulsion

Qui crie, asphyxiant votre nichée infâme

Sur sa poitrine, en une horrible pression…

 

Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques,

Qu’est-ce que ça peut faire à la putain Paris,

Vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ?

Elle se secouera de vous, hargneux pourris !

 

Et quand vous serez bas, geignant sur vos entrailles,

Les flancs morts, réclamant votre argent, éperdus,

La rouge courtisane aux seins gros de batailles

Loin de votre stupeur, tordra ses poings ardus !

 

Quand les pieds ont dansé si fort dans les colères,

Paris ! quand tu reçus tant de coups de couteau,

Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires

Un peu de la bonté du fauve renouveau,

 

Ô cité douloureuse, ô cité quasi morte,

La tête et les deux seins jetés vers l’Avenir

Ouvrant sur ta pâleur ses milliards de portes,

Cité que le Passé sombre pourrait bénir :

 

Corps remagnétisé pour les énormes peines,

Tu rebois donc ta vie effroyable ! tu sens

Sourdre le flux des vers livides en tes veines,

Et sur ton clair amour rôder les doigts glaçants !

 

Et ce n’est pas mauvais. Les vers, les vers livides

Ne gêneront pas plus ton souffle de Progrès

Que les Stryx n’éteignaient l’œil des Cariatides

Où des pleurs d’or astral tombaient des bleus degrés. »

 

Quoique ce soit affreux de te revoir couverte

Ainsi ; quoi qu’on n’ait fait jamais d’une cité

Ulcère plus puant à la Nature verte,

Le Poète te dit : « Splendide est ta beauté ! »

 

L’orage te sacra suprême poésie ;

L’immense remuement des forces te secourt ;

Ton œuvre bout, la mort gronde, Cité choisie !

Amasse les strideurs au cœur du clairon lourd.

 

Le Poète prendra le sanglot des Infâmes,

La haine des Forçats, la clameur des Maudits ;

Et ses rayons d’amour flagelleront les Femmes.

Ses strophes bondiront : Voilà ! voilà ! bandits !

 

-Société, tout est rétabli : - les orgies

Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars :

Et les gaz en délire, aux murailles rougies,

Flambent sinistrement vers les azurs blafards !

 


L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple

Arthur Rimbaud  -  mai 1871


 

 

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commentaires

pimprenelle 24/03/2011 11:10



Ma belle-mère disait que d'un peuple inculte on fait ce que l'on veut. Elle qui est sortie de l'école à treize ans, je t'assure qu'elle connaissait beaucoup de choses et sur beaucoup de
choses.


Pour moi, je me suis toujours dit, que la maison est la première école. On peut y apprendre la vie "d'avant" et tout doucement entrer dans l'Histoire. Chaque famille a des choses à faire
passer, mais lorsque j'entends parler de tout petits que l'on met devant la télévision "apprentissage" de langage cela me bouleverse.



ADAMANTE 24/03/2011 13:11



Elle avait grandement raison, et cette génération, bien que non bardée de diplômes, était souvent très cultivée, comme quoi être autodidacte en culture n'est pas un mot dépréciatoire.



fransua 22/03/2011 12:33



c'est une de mes idoles en poésie, un jeune homme extraordinaire que la folie a aussi emportée j'ai vu une représentation de son voyage en abyssinie en pièce de théatre et c'était magistral



ADAMANTE 22/03/2011 22:40



Un personnage aux multiples facettes en effet, et quel talent.



Pierre 21/03/2011 09:22



Bonjour Adamante, on est loin ici des "fleurs bleues, de l'eau de rose "soporofiques et insipides à la fin.Une affaire de pulsions quand la Mort règne,les instincts de vie et de reproduction sont
exacerbées comme dans les taudis de Calcutta. De là a nommer Amour ce grand charivari, ces élans, qui laissent sur le bas coté les faibles et les démunis? Un lyrisme que seul le poète
peut se permettre,on retrouve celà aussi chez Walt Whitman  dans " Leaves of grass".


J'entends toujours mon prof de français qui disait que Rimbaud a été aussi trafiquant d'armes en Ethiopie, que de contradictions dans l'âme humaine.


Cordialement, je vais au jardin préparer une planche de fraises



ADAMANTE 23/03/2011 22:59



Oui, que de contradictions en effet, quant à l'insipide, je suis bien d'accord avec toi, je digère de plus en pus mal  ces poésies écrites encore aujourd'hui par des "contemporains de
Socrate ou de Ronsard".


Une planche de fraises, miam miam, il est loin ton jardin ?



pimprenelle 20/03/2011 11:12



Je viens de lire ta réponse à Jill et je te demande y a-t-il beaucoup de monde, actuellement à savoir ce qu'a été la Commune ? Justement, comment peut-on avancer lorsque l'on "oublie"
tout ce qui nous a fait.



ADAMANTE 23/03/2011 23:08



La culture c'est aussi apprendre son histoire, encore faut-il que nous en ayons les moyens et là cela devient de plus en plus rare. Lorsque l'on veut museler un peuple on commence par museler la
culture et interdire les artistes.



Pénéloop 19/03/2011 22:40



Aujourd'hui, gamin des Ardennes


Demain, ado de Charleville


Mais hier ?


Loop



ADAMANTE 23/03/2011 23:03



Juste l'instant présent, ce qu'il nous en reste...



fanfan 19/03/2011 17:36



C'est un poème très percutant ! Je connaissais  le Rimbaud  romantique mais pas celui-là!  C'est très beau .


Bon week end



ADAMANTE 20/03/2011 01:10



C'est un aspect peu mis en avant du poète et qui percute en effet, encore actuellement.



pimprenelle 19/03/2011 10:52



Il savait être brutal en poésie. Mais la période l'était aussi.


 



ADAMANTE 20/03/2011 01:08



Tu as raison, une violence qui en engendre une autre en réaction.



cigalette 19/03/2011 05:51



Oh! superbe ce poème, grand merci bonne journée



ADAMANTE 20/03/2011 01:01



Oui une œuvre magistrale. Bon dimanche.



Snow 18/03/2011 20:15



Seuls les noms changent dans l'histoire, elle se continue encore. On peut dire qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère!  Je ne connaissais pas.. Bises



ADAMANTE 20/03/2011 00:54



C'est direct en effet, je pense qu'il doit encore déranger du monde. Bises



jill-bill.over-blog.com 18/03/2011 18:30



Bonjour Adamante, je ne connais pas toute l'oeuvre d'Arthur mais ce poème est d'une puissance...  Pffff !!!  Du costaud !   Merci de partager sa page parisienne avec nous
tous.   Bises de jill



ADAMANTE 18/03/2011 19:23



Je pensais que parler de ce texte était une bonne chose pour rendre hommage aux Communards. Biz Jill



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  • Comédienne, metteur en scène, diplômée en Qi Gong, j'écris, je peins.
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