13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 19:00

 

meditation-sur-la-campagne-electorale.jpg

Méditation sur la campagne électorale Huile sur toile 2006

 

 

En cette période électorale, les Esprits se tiennent informés, radio, télé, ils écoutent.


Ils réfléchissent, débattent, rabrouent, en paroles et en actes, quelques journalistes stupides, pardonnez moi le pléonasme, et en particulier le directeur d’un canard

« le point trait point » S.O.S du jour, qu’ils grifferaient avec plaisir s’ils pouvaient le tenir à portée de patte.

Mais « l’expert » auto désigné qui se congratule avec ses petits copains de chaîne, ne se risque pas jusqu’à nous, il préfère faire le beau planqué dans le poste de TV en vociférant ses propos à la testostérone sur son micro cravate qui risque à chaque instant de se prendre dans ses cheveux gris alors qu’il plisse les yeux pour montrer que lui il sait penser.


Les Esprits détestent, il n’est rien qu’ils ne supportent moins que le mépris et la suffisance.

 

Hier soir donc, les voilà qui s’amènent avec une pancarte où il était écrit en rouge sur fond noir :


« Droit à la culture pour tous ! »

 

Raides comme la justice dont le postérieur aurait été bafoué par une main indélicate, les voilà, bien campés sur les leurs, qui me provoquent en silence.


Là, devant mon fauteuil, vibrisses indignées, ils me regardent fixement.


Là, sur mon fauteuil, je sens comme un malaise.

 

Je lève les yeux de mon polar, toujours Upfield et l’inspecteur Napoléon Bonaparte, que j’appelle désormais Bony, car à force de nous côtoyer nous sommes devenus amis, et je me sens un peu déroutée.

Imaginez, je suivais la piste de quelques dingos sur le lac Eyre asséché, là-bas sur le continent Australien et j’étais très loin des préoccupations domestiques d’un appartement parisien squatté par des Esprits indignés et auto déclarés « laissés pour compte ».


« Laissés pour conte » aussi, car voilà des lustres que je n’ai pas ouvert notre livre.

Des lustres, deux mots sacrément pratiques pour éviter de calculer depuis combien de temps, si l'on tient compte, bien évidement, qu'une année de la vie d'un esprit vaut plusieurs années de la vie d'un homme.


Le bouquin doit plisser du nez dans un coin oublié de la bibliothèque en faisant tourner de rage ses images dans la partie yin de son anatomie.


Rappelez-vous que c’est lui qui décide la plupart du temps de ce qu’il veut nous montrer. C’est un tyran de papier gonflé de mots qui lui montent sérieusement à la couverture.


J’abandonne Bony sur la piste des dingos et je me mets en quête de la bible des Esprits. Cela me dérange, je l’avoue.


J’appelle :


« Livre sacré, où es-tu ? »


Afin de n’offusquer personne, je ne dirais pas ce que je crie dans le secret de ma pensée.

Je vous laisse le soin d’imaginer…


Je perçois une certaine agitation sur le rayonnage des contes.


L’introuvable, l’innommable, le grand livre de nos heures, qui a un faible pour Shéhérazade est là, rencogné, renfrogné, entre les contes Creusois et l’histoire secrète du Berry, loin, très loin des Mille et Une Nuits, et ça il ne me le pardonne pas.


Je le prends et l’emporte sans même le regarder, je ne vais pas ouvrir les hostilités avant d’être confortablement assise, les indignés heureux et quelque peu suffisants de leur victoire, installés sur mes genoux.


Le livre, remonté à bloc par sa longue période d’abstinence, s’ouvre.

Il me fait un pied de nez puis nous montre l’image d’une grosse horloge, ronde comme un soleil, avec une petite fille du type autrichien, Heidi blonde à souhait, qui rêve de bonbons sur un quai de gare…

Voilà que mon enfance me revient, combien d’heures ai-je passées à lécher ces coquilles qui me faisaient le bec sucré ?


Rêve de sucrerie

un bon goût de roudoudou

bonheur d'enfance.

 

Quelques pages plus loin, le livre, toujours irrévérencieux à mon égard, s’époumone, il en a après internet, je l’entends râler :

 

Cette connexion

un clic et tout est foutu

ah ! le bon vieux temps !

 

Croissant, café crème, le terrible petit bruit de l’œuf dur sur le comptoir…

Y a des accents d’Prévert  dans l’air, le bouquin voit rouge ce soir.

 

Heureusement, le p’tit gars, héros du conte de la page en question, Marcelin, arrive à vélo,


« drelin, drelin v’la l’huma du matin »


L’ambiance souriante détend l’atmosphère.


 

Le livre tout à ses histoires décide d’arrêter de m’en chercher.

 

Il devient grave, comme l’accent, vous savez celui qui protège si bien certaines voyelles. Celui qui se justifie par la peur du S au corps vipérin que l'on chasse du mot, en couvrant la lettre qui le précède, comme par crainte de la brûlure du soleil…


Mais cela ne l’empêche pas de m’emmener en bateau, en bââââââteau

Comme j’apprécie le voyage, je le lui dit.


Il est ravi et tout souriant, il nous invite alors à pénétrer les secrets d’une maison rose,


Rose

Comme le bonbon

de la petite fille blonde

Blonde

comme les blés

comme les yeux

écarquillés de bonheur des Esprits

qui aiment qu’on leur raconte des histoires

encor et encor !

 

Le livre prend alors des accents bucoliques.

Il décide de nous entraîner dans son cheminement de livre sacré, dans son cheminement de grand enfant qui découvre la nuit et les étoiles, ce clair obscur si particulier qui transforme et révèle.


Voilà qu’il nous dit sur le ton du Sphinx de Gizeh :


« Une petite étoile est venue dans le pré à la nuit tombée »

« et là, sans faire de bruit, »

« elle a pris la place d'un pissenlit. »


Les Esprits adorent les mystères, ils cherchent ce qui se cache derrière ces mots.

Ils tentent de pénétrer les secrets du grand livre des mutations et, comme il se doit, ne trouvent aucune réponse.


Tout est calme à présent.


Il n’est plus question de griffes ni de campagne électorale.


La banderole est repliée, le peuple des Esprits a vaincu et juste avant que de se refermer, juste avant que j’éteigne la lumière, le livre nous offre encore un peu de cette poussière d’étoile, un cheveux d'or,  un peu de ce débris d’un rêve que chante l’enfant de Ravel à la rose…

 

 

 

Que votre nuit soit heureuse.

 

©Adamante

 


commentaires

valdy 21/04/2012 22:10

J't'adore Ada !!! -et les Esprits aussi -
Dors bien
Valdy

Carole Chollet-Buisson 18/04/2012 14:09

Merci pour ce parcours, de blog en blog et d'esprit en esprit, loin des experts télévisuels et du prêt-à-penser. La "campagne" électorale ne nous empêche pas, heureusement, de "battre la campagne"
à notre fantaisie - ultime liberté.
Amitiés,
Carole

ADAMANTE 18/04/2012 18:08



On se la rumine cette campagne, je trouve que les vaches présentent un grande sagesse. Amitiés Carole.



Snow 16/04/2012 16:38

Superbe Ada.. j'ai bien rigolé.. Virtu-ose des histoires.. Bises

ADAMANTE 18/04/2012 18:03



Ose, ose... j'ai parfois envie de "dérailler" un peu dans le "sérieux s'abstenir".



antoine 16/04/2012 00:20

Un nouveau conte ... des esprits toujours aussi exigeants et facétieux ... une actualité bien présente ... Une nouvelle réussite ... parfaitement soutenue par ta peinture "clin d'oeil" qui m'a fait
sourire et me plait beaucoup.
Merci pour les liens ... c'est sympa ...
Amitiés Adamante

ADAMANTE 18/04/2012 18:00



Ah les vaches, elles me parlent, mieux que certains politiques qui brament dans le désert de leur égo. Amitiés Antoine.



Quichottine 15/04/2012 12:45

Ils ont beaucoup à dire... mais je vais rester sur l'enfant à la rose. J'adore ce moment de L'enfant et les sortilèges.

Souvenir d'enfance, souvenir de mère aussi... j'en ai oublié la campagne électorale et les promesses qui ne seront jamais tenues.

Merci pour ce moment, Adamante.

ADAMANTE 15/04/2012 13:02



J'ai adoré chanter cet air de la rose, il fait partie de moi désormais. Amitiés Quichottine, et qui sait peut-être que l'espoir peut venir même si l'on n'a jamais tout ce que l'on souhaite.



Cosima 15/04/2012 11:53

Que de péripéties! un conte nouveau dans le Livre de contes...

ADAMANTE 15/04/2012 13:05



Mes contes de la toile sont nés pour dynamiser un peu le SCALP, j'essaie qu'ils puissent aussi se lire sans référence au lien et avoir une autonomie. J'attends de les relire plus tard pour voir
si cela tient la route.



Fab 15/04/2012 10:16

Moi aussi j'aime bcp le tableau de la campagne... les vaches auront toujours raison de ruminer mille fois avant de parler...
Et en parlant de lustres, un poème écrit il y a des lustres :

"les mouches tournoient
virevoltent
autour du lustre
ô
depuis combien
de lustres déjà

bourdonnants satellites
ces petites planètes
de jais
et bleutées
l'aiment tant
leur soleil rougeoyant"

(c'était ma période "mouche", plusieurs poèmes en leur hommage, hommage aux mouches !)

Je me suis bien bidonné en lisant ce conte (il faut dire qu'ayant yeuté la longueur du texte, j'ai attendu le moment propice pour pouvoir en profiter pleinement...).

ADAMANTE 15/04/2012 13:00



Un grand sourire Fab, les mouches m'évoquent le bourdonnement de l'été quand il se fait comme je l'aime, chaud, très chaud...


Le texte est long pour publication sur un blog et les liens nombreux, dont un qui réclame beaucoup d'attention à lire. Je suis comme toi, quand un article m'intéresse et que la longueur ne colle
pas avec le temps que j'ai à lui consacrer, je me le réserve pour un moment ultérieur, bien à moi,  tranquille.  Merci pour les mouches et ton rire. Amicalement.



Martine27 14/04/2012 11:29

Merci les esprits d'avoir fait ressortir le livre de contes, j'ai encore découvert de très beaux blogs, problème, le temps n'est pas extensible pour tout voir !

ADAMANTE 14/04/2012 20:03



Je n'avais guère eu le temps ces derniers temps, bien que j'ai pu voir de très belles choses à partager.



Jeanmi 14/04/2012 06:22

Petite erreur, chère amie, un lustre est une période précise de 5 ans. A Rome tous les 5 ans on refaisait la cérémonie de l'eau "lustrale"

ADAMANTE 14/04/2012 11:46



Voilà pourquoi j'ai mis volontairement un S à lustre bien que le mot ne soit  pas précédé d'un article ce qui j'en conviens m'a fait réfléchir, au final, j'ai laissé, mais de toute évidence
à la lecture de ce commentaire, "ça ne passe pas".  Je vais donc réfléchir à une meilleure tournure ou supprimer la phrase tout simplement. Merci Jeanmi.



flipperine 13/04/2012 23:26

de bons rêves en couleur

ADAMANTE 13/04/2012 23:28



des rêves peuplés d'étoiles et de poussière de lune.



jill-bill 13/04/2012 21:34

Livre sacré, sacré livre... En entrant chez toi je n'imaginais pas retrouver la fillette aux bonbons et puis Marcellin et puis d'autres... avec ton titre ! J'aime vachement ton tableau d'une
certaine campagne... Ravie je suis, merci Ada... Bonne nuit, fais de beaux rêves encore ! JB

ADAMANTE 13/04/2012 23:13



Ah Jill, je cache mon jeu derrière le titre. En tout cas je me suis amusée avec ce périple un peu particulier. Ce tableau date de la précédente campagne, déjà on ruminait pas mal ! Biz



Profil

  • Adamante
  • Comédienne, metteur en scène, diplômée en Qi Gong, j'écris, je peins.
  • Comédienne, metteur en scène, diplômée en Qi Gong, j'écris, je peins.

Ici, on rêve ! Bienvenue

Je vous invite à partager mes créations, reflet de la vision que j’ai de la vie, au travers de la peinture, du théâtre, de la poésie & de l’écriture. Adamante

 

 

Rechercher

Traduction-translation

 

Acquérir une toile

 

L-eau-lumiere.jpg

Contact : 07 70 73 59 82

Finance & mépris !

stop-belo-monte coupe-du-monde 3

40
BELO MONTE : Pétition du Cacique Raoni

Dernière nouvelles

Parce que "l'argent ne se mange pas"

que le monde de la finance détruit la terre,

en chasse les peuples, nous méprise,

je vous invite à signer la pétition et

à soutenir cette lutte qui est aussi la nôtre.

Adamante  

"Kayapos"

M. Mandela, le livre

monsieur-mandela AdaEd.Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud

La vidéo

 Un lien qui en parle

Un hommage de 51 poètes du monde entier

à cet homme exemplaire

et j'ai l'honneur d'en faire partie

Pour commander  -envoi suivi- 

23 € si vous faites référence à ce blog

(Soit 20 € + 3€ de frais de poste au lieu de 6€)

Editions A3 - 36, rue Barbès 94200 Ivry sur Seine

Copyright n° 00048584-1

Mantras de l'espace

NASA-Voyager recording - mis sur You Tube par Hryzunik

Fermez les yeux, écoutez le chant troublant des ondes électro-magnétiques...