22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 20:00

Ecrivain-2s

 

Elle se prenait pour une femme d’affaires...


Petit tailleur strict, grosses lunettes sur son visage de lune, la bouche pincée, le nez en l’air, elle avançait rapidement sur le trottoir, en tortillant de l’arrière-train d’un air affecté.

Si elle pensait ressembler à Marilyn en se déhanchant de la sorte c’était raté.

C’est du moins ce que pensait Jo qui la regardait de la fenêtre du premier étage alors qu’il était en train de donner le biberon à sa petite sœur, juste le temps que sa mère aille signer le recommandé apporté par le facteur.


Les gosses du quartier l’avaient surnommée « Lulu la pimbêche » depuis le jour où ils l’avaient trouvée dans la cabane en bois où ils se réunissaient, tels les disparus de Saint Agil, sur le terrain vague proche de l’immeuble où ils habitaient qui était aussi celui du bureau de Lulu.


Ce matin-là il pleuvait des cordes et Lulu trempée jusqu’aux os, avait pris refuge dans la cabane pour attendre que l’averse se calme.

Elle avait déposé la veste de son éternel tailleur et son sac façon croco sur un tabouret. En soupirant elle avait dégrafé son corsage et tentait de se sécher avec un kleenex.

Il faisait froid et ses cheveux qui dégoulinaient dans son cou la mettaient de méchante humeur.


Les gamins qui l’avaient vue entrer dans leur refuge secret s’étaient approchés, avaient entrebâillé la porte et la zyeutaient en se pressant pour ne rien perdre du spectacle.


Ces jeunes voyeurs faisaient là provision de souvenirs troublants qui allaient polluer leurs nuits adolescentes et donner du travail à leurs mères.


Tellement avides de ne rien louper, ils se pressaient les uns les autres et de pression en résistance, ils avaient fini par se faire repérer quand la porte s’était ouverte brusquement.

Lulu était resté un instant interdite et ils s’étaient retrouvés ainsi, face à face, la bouche ouverte, juste le temps que quelques anges passent puis, s’étant ressaisie, elle s’était mis à crier :

 

« voyous, voyeurs, sales garnements ! »

 

Telle une envolée de moineaux, la bande avait fui vers ses foyers respectifs sans demander son reste.


Alors la pluie avait cessé et Lulu la pimbêche, plus digne que jamais avait pris le chemin de son bureau.

 

De sa fenêtre Jo, se remémorait la scène avec dans l’œil une lueur espiègle en regardant Lulu disparaître au coin de la rue.

 

Toute ressemblance bla bla bla, etc.

 

©Adamante

 

 

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commentaires

pimprenelle 28/11/2012 20:01

Une Lulu comme j'en ai connue. Des gamins "normaux". J'ai un peu l'impression de voir un scène de mon quartier de petite fille.
Merci Adamante.

ADAMANTE 28/11/2012 20:06



On a tous cette Lulu que parfois on aurait eu envie de ne jamais connaître.


Amitiés Pimprenelle.



CreateOnEarth 29/05/2012 23:23

De l'anecdote comme je les aime, avec une belle précision narrative et un sens appréciable de la formule piquante...

erato:0059: 24/05/2012 17:59

Tu as tellement bien conté que la scène a défilé avec le son dans ma tête! Bravo , une scène vivante et vraie .Bon après midi Adamante

Cosima 24/05/2012 15:03

"se prendre pour"... Hélas, c'est très commmun chez la plupart des personnes. Triste. Belle critique.

ADAMANTE 24/05/2012 15:48



Sans me comparer à lui, j'avoue aimer particulièrement La Bruyère et son œil acéré.



valdy 24/05/2012 13:54

"Lulu la pimbêche et les moineaux" ..., toujours avec ton regard tendre sur la vie,
J'aime ce petit texte nostalgique au parfum de cinéma,
Valdy

flipperine 23/05/2012 17:17

une histoire qui peut se passer dans la vie

Quichottine 23/05/2012 09:48

Toute vraisemblance... mais on a vraiment l'impression que c'est du vécu ! (je te vois bien dans le rôle d'un oiseau qui observait la scène.)

Merci pour ce moment de partage.
Passe une douce journée. Amitiés.

Passe une douce journée.

ABC 22/05/2012 21:45

Merci de ta participation...
Un texte riche de tas de sous-entendus pour une Lulu qui porte ses secrets en même temps que son tailleur et son sac croco, sous le regard espiègle de Jo...

jill bill 22/05/2012 21:23

Eh eh Adamante... J'ai tout vu aussi de A à Z en suivant ton écrit... Ah façon disparus de Saint Agil, jeune ce film m'a tenu en haleine... Bonsoir Ada, jill

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  • Comédienne, metteur en scène, diplômée en Qi Gong, j'écris, je peins.
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