22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 20:17

 

 

Corsica papa huile 65x54Lorsqu'il était encore parmi nous, mon père souhaitait que je chante le chant du rossignol.
                              "u rusignolu".

 
J'ai chanté beaucoup de choses, mais jamais le chant du rossignol.
Alors, pour lui rendre hommage, j'ai écrit cette cantate avec le secret espoir qu'un jour elle sera mise en musique et en scène et que de là où il est, il l'entendra.


Le chant du Rossignol
Cantate pour la Corse


Le Chant du Rossignol est le chant de la Terre Corse, la respiration des herbes de son maquis, le parfum de ses pierres.

Il vient des profondeurs de l'île pour nous rappeler nos racines.

 

Sur un arbre dans le maquis, il y avait deux Rossignols qui ne faisaient que chanter :


 

"Aujourd'hui c'est le printemps nous allons nous marier

Sur cet arbre, nous ferons notre nid

Personne ne le trouvera

Dans ce nid de plumes, il naîtra des oiseaux

Nous leur apprendrons à chanter

Puis sur cet arbre, dans le maquis

Il y aura dix Rossignols, cent Rossignols, Cent mille Rossignols

Les Rossignols du maquis chanteront la Liberté".


 

 

Mais un jour, dans le maquis, des Rossignols ont quitté l'arbre.

Ils se sont envolés vers des terres lointaines et traversé la mer pour chercher fortune ailleurs.

Les Rossignols de l'exil eux aussi ont bâti des nids

Sur un arbre, loin du maquis, avec des Rossignols d'ailleurs.

Là, naquirent des petits, des petits à demi du maquis.

Mais à demi ce n’est pas une mesure.

D’où étaient-ils ces oiseaux là ?

De cette terre où ils étaient nés par hasard ?

De celle de la mère qui était d’ailleurs ?

Ou de celle du père qui était du maquis ?

Les petits de l’exil sont toujours du pays du parent exilé.

 

-Dis, Papa, parle-moi du pays, dis, c'était comment le maquis ?

 

Le Rossignol du maquis eut un silence et, dans ses yeux, l’enfant traversa la mer, s’emplit l’âme de ciel bleu,  du parfum d’herbes sèches brûlées de soleil  et du murmure des pierres sauvages.

Elle goûta la beauté que donne au pays le vent de l'exil.

Elle rêva du Golo, du Monté Cinto

Elle sentit s’éveiller en elle cette racine qu’elle ne soupçonnait pas.

Elle venait de découvrir d’où elle était, d’où elle venait, de quoi était faite son âme.

Quand le père se mit à chanter, il rayonnait du feu de l'île et la petite, émerveillée, fut alors fière de ses origines.

Elle était du pays de son père !

Lui que les gens appelaient « le Corse » pour bien marquer la différence.

Lui, l’étranger sur le continent, lui dont les origines l’avaient faite étrangère à son tour.

 

Elle compris d’où lui venait cette expression de tristesse qui apparaissait parfois sur son visage lorsqu’il se croyait seul et elle l’admirait de n’en parler jamais. 

La Corse

Tout tenait en ce nom !

Corsica Mama, dont les battements de cœur résonnaient si violement dans sa poitrine depuis qu’il l’avait quittée et que le temps au lieu de calmer intensifiait. Un jour, il lui avait confié qu’il parlait seul en Corse afin de ne pas oublier sa langue maternelle, celle qu’il avait été obligé de partager avec le Français en arrivant à l’école.

 

Pour son âme d’enfant, aucun pays au monde ne pouvait être plus beau.

Aucun peuple au monde ne pouvait être plus fier, plus admirable.

 

 

Comme il parlait bien du pays

Comme il savait lui rendre vie, le lui faire partager…       

Alors l'enfant se mit elle aussi à chanter en redressant la tête

- Moi aussi je suis un rossignol du maquis

En moi brûle le feu du cœur de l'île

Sa sauvagerie

Je porte en moi son âme

La force de ses forêts

L'escarpement de ses montagnes 

La respiration de ses côtes

Je porte en moi le parfum de ses herbes, la couleur de ses ciels

Et par toutes ces beautés, par toute la souffrance de cette séparation, je peux moi aussi revendiquer : « È su corso è su fieru ! »

 

Tu as écouté le chant de ton père ma filiula, et tu es née à notre Terre.

Tu portes en toi la graine du pays en exil

Tu vas grandir, elle grandira et, en son temps, elle fleurira

Et toi aussi tu chanteras l'amour inconditionnel de ta Terre

Cette Terre qui déjà te brûle l'âme et le sang.

Toi aussi tu vivras la déchirure

Tu chanteras ta Terre pour rappeler à tous les Rossignols, qu'ils soient nés sur Elle ou en exil que notre chant est un, par-delà les idées, les mers, les frontières.

Tu chanteras que la Liberté ne peut naître que de l'union de nos voix pour dire le Pays où nous prenons source.

Tu chanteras que chaque voix de chaque Rossignol est un fleuve et que l'union de ces fleuves est une mer ; une mère, qui berce notre Terre.

Tu chanteras qu'un fleuve est fleuve et que la nature ne fait rien à demi.

Tu chanteras que tu es fleuve en totalité et que l'oublier peut tuer notre mémoire.

Tu chanteras que la force de nos eaux unies est un rempart contre la destruction.

Tu chanteras aussi que tout Rossignol né en exil, qui un jour entendit ce chant, est un enfant de nos forêts, un garant de notre mémoire et que son chant mêlé au nôtre, c’est le chant du Rossignol.

Tu leur diras, ma fille, que la Corse est un Rossignol qu'aucune force n'empêchera jamais de chanter.

 

Tu leur diras aussi que c’est de ce tout petit bout de la grande Terre Mère, dont nous sommes aussi les enfants, que nous tirons notre force. Comme nos frères d’autres pays tirent leur force de leur terre natale.

Se reconnaître d’une terre est essentiel, mais cela ne doit pas nous égarer, nous sommes avant tout les enfants de la Terre, les frères de tous les peuples.

Tu vois ma fille, la Terre est comme un peintre qui aurait donné à chacun un petit morceau d’elle-même pour qu’en y plantant nos racines nous chantions ensemble toutes ses couleurs.

Adamante 


 

En hommage à mon père Jacques qui m’a faite ce que je suis, et à son père Simon-Pierre, qui l’avait fait ce qu’il était.

 


Déposé Sacem

 

 

 


commentaires

Cosima 10/04/2012 21:05

Merci Adamante pour la profondeur de ces mots. Ils me réchauffent et me renforcent. Amitié. Cosima

ADAMANTE 10/04/2012 21:55



Amitié Cosima.



Cosima 10/04/2012 11:03

La douleur est si forte après la mort de mes parents que je pense, j'ai pensé, partir de chez moi, quitter la Corse. Maintenant je ne sais plus.

ADAMANTE 10/04/2012 13:15




Je t'avais fait une longue réponse et OB l'a avalé sans la rendre. Alors je recommence.


 


Je te disais que je comprenais, mais je ne retrouve plus les mots exacts, j'écris toujours en suivant mon ressenti mais comme l'instant, il passe, se
transforme  comme se transforment nos vies.


Selon la façon dont on les regarde, les lieux peuvent nous montrer le vide ou nous laisser percevoir les empreintes vibrantes de ceux qui nous ont
précédé. 


Ce sont ces empreintes que l'on perçoit en regardant à la fenêtre, venir l’orage par exemple, parce que l'on prend conscience qu'avant nous, d'autres, à cette même
fenêtre, les mains posées sur le même chambranle, ont contemplé le ciel et se sont posé des questions.


Ce sont ces regards vibrants de vie qui nous lient aux ancêtres et nous parlent de notre humanité au travers des actions les plus simples d’un quotidien bercé
d’absence et d’espoir.


Alors la solitude s’éloigne, nos regards s’inscrivent à la suite des leurs pour témoigner de notre passage, demain, à cet endroit précis, à un autre, comme nous,
désemparé.
Amitiés Cosima. Pace e salute.


Cosima 10/04/2012 10:59

j'ai découvert ce texte magnifique. J'en pleure en écrivant ce message. Merci.

ADAMANTE 10/04/2012 12:26



Mon rêve est qu'un jour je puisse mettre en scène cette cantate, donc trouver un compositeur qui soit intéressé par elle, ainsi je l'offrirai à mon père, et aussi aux déracinés, aux moitiés de...
comme moi, qui sont entiers dans leur racines et qui vibrent de la force de leur terre d'origine qui leur fut transmise par les liens du cœur. 


Rien n'est impossible, je le sais mon expérience est là pour me dire de ne pas l'oublier.


Je pense soudain que cela sera. Il y a des choses que l'on doit faire. Amicalement.



Quichottine 06/12/2010 22:41



Je viens de lire... je t'écoute, je l'écoute aussi.


 


... et je ne sais que dire.


 


Un Rossignol qui chante encore et qui chantera toujours quoi qu'on lui fasse...


Un être qui vit encore près de toi, en toi, et qui t'a insufflé l'amour de la terre dont tu puises tes forces, comme ces arbres qui peuplent ton espace comme autant de traces d'un profond amour.


 


Merci, Adamante.



ADAMANTE 06/12/2010 23:36



C'est beau le chant d'un Rossignol invisible de la nuit... Belle soirée Quichottine, merci à toi.



Dominique 19/02/2010 12:15


C'est magnifique Adamante,Splendide !!

Papa aussi est arrivée sur le continent à 7ans alors qu'il ne parlait que le Corse ( Maman quant à Elle est arrivée plus jeune) mais papa parlait encore couramment jusqu'au jour où il hélas il nous
» quitta ».

Cette chanson « U rusignolu » que ton Papa aurait aimé que tu chantes est- elle cette complainte ci :

Maman nous la chantait lorsque nous étions enfants.

In casa à mè nascì un bel' amore
In casa à mè cantava u rusignolu.
Ma sò dighjà culor' di dolu
U rusignolu ùn pò campà.

In core à mè canta una malacella
In core à mè speranza ùn ci n'hè più !
Addiu o la me bella ghjuventù
Paese caru addiu à tè addiu !

Mmm...

Cumu lascià sti lochi tanti amati
Muntagne care è machjoni fiuriti ?
Duve sò l'acelli è li banditi
Cumpagni arditi persi per mè ?

Cumu lascià stu mare luminosu
In a to sciuma amara vogliu andà
Per batte i scogli senza mai chetà.
Da tè mi vene amore è si ne và.


Gros Bisous !

Dominique


ADAMANTE 19/02/2010 16:06


Mon père a quitté la Corse à 20 ans (pour aller travailler à l'étranger). Nous avons beaucoup voyagé mais jamais de retour en Corse sauf à la mort de ma mère, il a tout quitté pour revenir dans son
village natal. Comme le dit ma tante, on est Corse avant tout (sans doute l'éducation). En ce qui concerne la chanson j'ai la partition en Corse, je vais la scanner et la mettre en ligne. Merci
pour celle que tu m'as écrite ici. Bises


fanfan 27/01/2010 20:51


bravo pour cette cantate  en hommage à ton père et à la Corse!
J'i vu que tu fait du qi gong; j'en ai fait pendant 3 ans à la Réunion ; ici il faut que j'aille à Corbara c'est trop loin de chez moi (près de Corté) ; je regrette .
bonne soirée


ADAMANTE 27/01/2010 21:53


Cela me tenait à cœur d'écrire ce texte. Tu peux pratiquer seule, 20 mn par jour pour garder la forme.
Merci de ton passage et excellente soirée.








Frédéric 23/01/2010 21:52


la pie c'est la joie




ADAMANTE 26/01/2010 00:40


Alors tout va bien !


Eglantine-Lilas 23/01/2010 11:40


ton texte me touche dans les tripes et me donne les larmes aux yeux...
ta terre est aussi la mienne et ton père pourrait être le mien

je t'embrasse..


ADAMANTE 23/01/2010 13:49


Beaucoup ne comprennent pas, comprendraient-ils mieux s'ils prenaient conscience que la terre est aussi une île, une île du ciel,  minuscule dans l'univers ?


lyly 23/01/2010 09:53


Bonjour Adamante

Je suis subjuguée par ce merveilleux écrit, hymne à tes racines corses

Bravo vraiment, c'est vrai, touchant, authentique, sensible...

MERCI pour ce très joli moment de lecture

Amitié, bises, Lyly


ADAMANTE 23/01/2010 13:38


Depuis tant d'années qu'il trotte dans ma tête, il est enfin venu au monde ! Bises adamante


Frédéric 23/01/2010 01:35


et bien où qu'il soit il doit être heureux !

chez nous c'était plutôt "chante toujours beau merle"

(on reste dans les oiseaux en ce moment)

chaleureusement

frédéric



ADAMANTE 23/01/2010 13:37


Du choucas au merle en passant par le rossignol, toujours l'impermanence, le temps l'on essaie de retenir par nos écrits et nos témoignages, mais dans l'absence du temps n'est-ce pas le temps lui
même en totalité que l'on retrouve ? Le Tout-Rien !
Là tu as reconnu : c'est la pie !


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  • Comédienne, metteur en scène, diplômée en Qi Gong, j'écris, je peins.
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