18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 00:20

P1080742piv blanche100 copie  LES CROQUEURS DE MOTS P1080742piv blanche100 copie

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Hector venait de quitter la salle des examens.

À sa tête, on voyait que sa copie manquait de quelque chose et que ce quelque chose risquait bien de lui coûter son entrée à l’Institut.

 

Une bonne âme qui l’aurait croisé alors aurait pu lui dire de ne pas s’inquiéter, qu’après tout, les autres avaient peut-être fait pire. Ou encore que l’examinateur pouvait opportunément tomber malade et corriger son épreuve sans y porter grande attention ; mieux, il pouvait, par inadvertance, renverser son café sur le devoir d’Hector et dans l’impossibilité de le lire, lui donner une note au-dessus de la moyenne.

Bref cette personne aurait pu trouver à dire quelque chose de sympa, lui redonner espoir avant de lui taper dans le dos en l’invitant à boire une bière.

Seulement, voilà, il n’avait croisé personne. Il était seul, et il s’enfonçait avec un certain délice, il faut bien le dire, dans l’auto apitoiement.


Hector savait qu’on ne pouvait rien changer à son destin, Eschyle en était la preuve. L’oracle lui avait dit qu’il devait mourir écrasé, mais il avait omis de lui dire comment. Alors Eschyle qui avait fait une interprétation un peu simpliste de la prophétie s’en était allé vivre au grand air. Mais comme le dit ma voisine, près de chez moi à la campagne, avec son grand bon sens paysan, quand les dés sont jetés, ils sont jetés, et il finit écrasé par une tortue malencontreusement lâchée par un aigle quelque peu maladroit.


Cléanthe, cité par Sénèque n’a-t-il pas dit :

« le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste. »

Hector ne consentait ni ne résistait, il déprimait et l’inconnu présidait seul au devenir de sa copie.

« Les cheveux de votre tête sont comptés ! »

affirmait Mathieu dans l’évangile, c’est pour dire que face à un mur, on se trouve face à un mur…

Et on a beau faire, La Fontaine l’a très bien écrit :

« on rencontre sa destinée souvent par des chemins qu’on prend pour l’éviter. »


Toutes ces pensées n’étaient pas faites pour lui remonter le moral. Il en était arrivé à penser, comme son voisin Italien, que celui qui doit se casser le cou trouve toujours un escalier dans les ténèbres pour y arriver.

Il avançait donc sur le chemin qui menait tout droit à cet escalier maudit où il devait se rompre le cou, lorsqu’une pensée incongrue lui traversa l’esprit.

Étrange organisation que celle du cerveau humain.


C’était durant les grandes vacances, il venait de rentrer à la maison après une longue course à vélo, quand il entendit sa mère dire à son père, dans la cuisine :


« Que veux-tu que j’y fasse, les dés sont jetés, on ne peut plus rien y faire ! »


Et lui de se demander comment une pareille chose avait bien pu se produire.

 

Déçu à l’idée qu’il ne pourrait pas jouer aux petits chevaux ni au 421 avec son père, il s’était précipité dans le placard pour vérifier. Mais les dés étaient là, bien rangés dans leur boîte.

Il s’était dit alors que les dés qui avaient pu être jetés étaient ceux que sa mère utilisait pour coudre. Il n’en ressentait pas vraiment de regret, mais par acquit de conscience ou simple curiosité, il avait ouvert la trousse à couture, pour voir. Tout était en ordre.

Alors, soucieux de rassurer ses parents, il s’était écrié de la pièce voisine :


« M’man, P’pa, les dés ne sont pas jetés, j’les ai vus, ils sont là ! »


Son père fut pris d'un fou rire tellement contagieux, que même Hector s’était mis à rire sans comprendre.

Et voilà que tout seul en descendant l’escalier A5B’de la cité des examens, qui n’était pas celui qui devait sortir de la nuit pour lui rompre le cou, il pleurait de rire.

Il passa la grille, hoquetant, plié comme un bossu, à la grande surprise des gardiens qui de toute évidence le prirent pour un fêlé avec le geste inhérent à cette constatation.

 

Je ne sais pas ce qu’il advint du devoir d’Hector, ce que je sais c’est que, quoi qu’il fasse, « l’homme porte son destin attaché à son cou » et que quoi que vous fassiez, « quand les dés sont jetés, ils sont jetés », le mieux c’est de ne pas trop se poser de question.


Après tout pourquoi s’inquiéter de demain si dans les cinq minutes on est appelés à passer sous un bus ?


©Adamante

 

 


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commentaires

Jeanne Fadosi 22/04/2011 18:11



Oui bon, le plus tard possible et en bonne santé ...


Je ne sais plus quel écrivain a écrit que la raison pour laquelle les personnes agées voyageaient tant n'était pas l'envie de découvrir de nouveaux sites mais la peur de mourir qui leur faisait
fuir leur lit ...
Sans se mettre la tête dans le sable, il est aussi assez sage de se dire Carpe diem.


Belle fin de semaine ... 



ADAMANTE 23/04/2011 11:51



Bonjour Jeanne, je ne crois pas à cette peur qui fait quitter le lit, je crois plutôt à la liberté gagnée en 36 qui permet de découvrir. Tant que nous ne sommes pas mort nous pouvons apprendre.
Mais vu la progression du niveau des retraites, les voyages vont se raréfiant.


Alors remettons nous à la sagesse de Lao Tseu "sans sortir de chez lui le sage connaît les hommes".  Bon week end



askelia 19/04/2011 14:32



Happée!!


bises,


alx



ADAMANTE 19/04/2011 16:47



Merci, un mot qui compte. Belle journée



Eglantine-Lilas 19/04/2011 11:08



si j'essaye très modestement de faire une synthèse du tout ce que tu as écrits,   on pourrait se dire qu'après
tout M'annette n'avait pas besoin de nous envoyer chercher ses dés ? ils étaient perdus tant pis ! perdu pour perdu ...oui mais nous on aurait fait quoi comme DE-FI ?


bisous



ADAMANTE 19/04/2011 11:13



Nous aurions pris des vacances, un dés de soleil et un dés de pastis sur la terrasse toute la journée, le soir nous aurions tout oublié, même les dés.



Tricotine 18/04/2011 23:24



Merci Adamante, pour ces lignes rassurantes ! ne pas se faire de mouron à l'avance , je tâcherai d'y songer plus souvent
en évitant les escaliers ou les bus tueurs quand même !! bizzzoux



pimprenelle 18/04/2011 22:26



Tu as l'art de passer du coq à l'âne sans changer de sujet !


Finir écrasé par une tortue ! Le bon sens d'ici dit : va où tu veux, meurs où tu dois.


J'ai bien aimé te suivre dans le dédale d'Hector.



ABC 18/04/2011 21:20



Dés jetés ou pas, profitons à fond de la minute qui passe... Tu viens de m'en faire passert quelques unes le sourire aux lèvres !



m'annette 18/04/2011 15:38



encore une version nouvelle de cette énigme,qui me ravit par la "moralité" quis'en dégage! Il est bon de faire face à l'adversité!


bravo pour tous ces éléments qui viennent apporter de l'eau au moulin de mes connaissances et de mes réflexions!


Et un grand merci pour ce partage savoureux!


bises et bonne journée



ADAMANTE 18/04/2011 20:50



Merci M'Annette, je suis restée un moment avec les dés en main ne sachant trop quoi en faire et puis voilà, c'est venu. Mais ça ne t'a pas aidée à retrouver les tiens.



Catheau 18/04/2011 14:51



Une méditation érudite sur le Fatum.



Anne Le Sonneur 18/04/2011 11:44



Un petit clin d'oeil de Bretagne pour toi :


A l'arrêt du bus, soudain, Dédé pointe son nez : "T'inquiète, Hector, t'inquiète ! Les dés, c'est moi qui les ai jetés. Ils étaient pipés !"


Bises. Anne



ADAMANTE 18/04/2011 20:45



Ah les dés pipés, il fallait s'y attendre ! Comment va la mer ? Celle du grand Victor Hugo et de ses travailleurs qui ma plaît tant. Amitiés Anne profite bien de ce séjour.



Quichottine 18/04/2011 11:13



Merci !


J'ai adoré !


 


Passer du concours à l'Histoire, avec ensuite tant d'humour dans la recherche de ce petit garçon... c'est du grand art !


J'ai éclaté de rire aussi, et tu sais pas, ça fait du bien !


 


Passe une belle journée, Adamante.


Amitiés.



ADAMANTE 18/04/2011 20:44



Ouah ! tu me combles, j'ai voulu m'amuser un peu en disant toujours la même chose au fond ! Bises



emma 18/04/2011 09:31



brillante déclinaison de la proposition !


le destin et ses facéties me rappellent une petite chose que j'ai écrite il y a quelque temps ici, et je me dis qu'il y aurait des communautés à créer qui rassembleraient des nouvelles sur le même theme, susceptibles d'être éditées en pdf , parce qu'il y a beaucoup de trésors
qui rouillent au fond de l'océan du web



ADAMANTE 18/04/2011 20:42



Bonsoir Emma, je vais aller lire ton lien. Ton idée est belle mais pas facile sans doute à réaliser, l'atelier de Mijoty va sortir et Quichottine a dû vaincre pas mal de résistances pour y
arriver, mais le résultat je n'en doute pas sera à la hauteur. Amitiés



Monelle 18/04/2011 09:04



De belles références pour écrire l'histoire d'Hector et c'est bien vrai : quand les dés sont jetés il n'y a plus rien à faire.


Bon début de semaine - bisous






ADAMANTE 18/04/2011 20:40



Bonsoir Monelle, j'aime bien jouer avec l'histoire parfois, la ramener dans le quotidien pour rire. Amitiés



jill-bill.over-blog.com 18/04/2011 07:44



Bonjour Adamante... Il y a jeté et jeté de dés !  Surprendre une fin de conversation peut prêter à bien des quiproquos... Bon lundi à toi   Bizzzz



ADAMANTE 18/04/2011 20:39



Les mots d'enfants : j'adore. Bizz Jill



photo.bruno.grenoble.over-blog.com 18/04/2011 06:29



Bonjour mon amie Adamante


Un petit coucou j'aime bien le texte, captivant, merci beaucoup pour ce partage


Gros bisous, Bruno



ADAMANTE 18/04/2011 11:41



Bonjour Bruno et merci. Toutefois, je pense que mon précédent article devrait t'intéresser à l'occasion. Bises


Pissenlits, soleils des champs



Lyly 18/04/2011 06:23



Bonjour Adamante


Très jolie participation dont j'aime beaucoup la conclusion !


Les dés sont jetés, en effet, la destinée s'en est chargée


Belle journée, Lyly



ADAMANTE 18/04/2011 20:36



Bonsoir Lyly, et merci de ta visite. Eh oui, les dés sont jetés, on ne peut revenir là-dessus!



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  • Comédienne, metteur en scène, diplômée en Qi Gong, j'écris, je peins.
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