31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 20:46

 

per-e-fouettard-copie.jpgParis le jeudi 23 juillet 1789

 

 

 

Je ne sais par où commencer en t’écrivant, ma pauvre femme ; il n’est pas possible d’être ici, et d’y avoir des idées nettes, tant l’être y est agité.

Tout autour de moi est au renversement et dans une telle fermentation, que, même quand on est témoin de ce qui se passe, c’est à n’en pas croire ses yeux.

Bref, je ne puis que te rendre en gros tout ce que j’ai vu et entendu.

À mon arrivée, on ne s’entretenait que d’une conspiration dont M. le comte d’Artois et d’autres princes étaient les chefs.


Il ne s’agissait rien moins pour eux que de faire exterminer une grande partie de la population parisienne, et de réduire ensuite à la condition d’esclaves tout ce qui dans la France entière n’aurait échappé au massacre qu’en se mettant humblement à la disposition des nobles, en tendant, sans murmurer, les mains aux fers préparés par les tyrans.

 

Si Paris n’eût pas découvert à temps cet affreux complot, c’en était fait ; jamais crime plus épouvantable n’aurait été consommé. Aussi n’a-t-on songé qu’à tirer une éclatante vengeance de cette perfidie dont il n’y a pas d’exemple dans l’histoire, on s’y est résolu et l’on n’épargnera ni les auteurs principaux de la conjuration, ni leurs adhérents.

Les exécutions ont commencé, sans épuiser un trop juste ressentiment. La fureur du peuple est loin d’être apaisée, par la mort du gouverneur de la Bastille et la démolition de cette infernale prison, par la mort du prévôt des marchands, par le pardon que Louis XVI est venu implorer de ses sujets, par le rappel de M. Necker et des autres anciens ministres, par le renvoi des nouveaux régiments et des troupes ; il lui faut bien d’autres expiations.

On veut encore, dit-on, voir tomber une trentaine de têtes coupables. M. Foulon qui devait remplacer M. Necker et qui s’étant fait passer pour mort, il y a quatre jours, avait fait enterrer une bûche à sa place, ce M. Foulon a été arrêté hier, conduit à l’Hôtel de Ville et pendu au moment où il en descendait.

Son corps a été traîné dans les rues de Paris, puis déchiré en morceaux, et sa tête, promenée au bout d’une pique, a été portée au faubourg Saint-Martin, pour y attendre et précéder le gendre de M.Foulon, M. Bertier de Sauvigny, intendant de Paris, qu’on amenait de Compiègne où il avait été arrêté, et qui doit subir aujourd’hui le même sort que son beau-père.

J’ai vu passer cette tête du beau-père, et le gendre arrivant derrière sous la conduite de plus de mille hommes armés ; il a fait ainsi, exposé au regard du public, tout le long trajet du faubourg et de la rue Saint-Martin, au milieu de deux cent mille spectateurs qui l’apostrophaient et se réjouissaient avec les troupes de l’escorte, qu’animait le bruit du tambour.

Oh ! que cette joie me faisait mal ! J’étais tout à la fois satisfait et mécontent ; je disais tant mieux et tant pis. Je comprends que le peuple fasse justice, j’approuve cette justice lorsqu’elle est satisfaite par l’anéantissement des coupables, mais pourrait-elle aujourd’hui n’être pas cruelle ?

Les supplices de tous genres, l’écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, le fouet, les gibets, les bourreaux multipliés partout, nous ont fait de si mauvaises mœurs !

Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu’ils ont semé, car tout cela, ma pauvre femme, aura à ce qu’il paraît, des suites terribles : nous ne sommes qu’au début.

Je travaille pour le cadastre avec M. Audiffred qui paraît avoir grande confiance dans les ressources à attendre de la publication de cet ouvrage.

Je m’étendrai davantage à cet égard dans ma prochaine lettre. Je t’écrirai dès que j’aurai conclu quelque chose avec M. Maury.

Garde tes dix écus, et ne paye pas un sou à personne, entends-tu bien.

Je t’embrasse de tout mon cœur.

 


 

 

Je tenais à partager la lecture de cette lettre qui fut au cœur d’un Opéra populaire « Messidor les Moissons » créé à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution Française, avec le label du Comité du Bicentenaire.

Cet Opéra composé par Sergio Ortéga mit en œuvre plus de 1000 participants.

Denis Manuel et François Chaumette participèrent notamment à cette aventure .

J’eus le plaisir d’en assurer la mise en scène avec Gérard Destal.

Dans cette lettre Babeuf fait montre d’un esprit particulièrement clairvoyant.

Cette lettre me semble hélas toujours d’actualité.     Adamante


une photo de l'opéra Messidor les moissons.

Droits réservés

commentaires

Carole 01/01/2014 17:17

Un texte d'une grande actualité, en effet. Et je trouve que ce Babeuf ressemble beaucoup à "mon" Desmoulins.

pimprenelle 19/09/2010 19:31



J'espère ne pas être pédante. Je me dis simplement que le conte et les ateliers autour si peu qu'ils peuvent laisser une petite trace, chacun y prend ce qui le "provoque"  au moment
où il entend, où il dit, alors la graine germera-t-elle un jour. Je suis très fatiguée ce soir !



ADAMANTE 19/09/2010 20:25



Alors je te souhaite un bon repos. Bises



pimprenelle 19/09/2010 16:19



D'accord avec toi ! Il faut aussi que ce soit réciproque.



ADAMANTE 19/09/2010 16:31



L'un ne va pas sans l'autre, sans doute faut-il au préalable chasser la crainte de l'autre et celle de soi, pour se trouver sur un terrain de connaissance profonde de l'être et ainsi pouvoir
procéder à un véritable échange, lequel pourrait fort bien s'appeler: communion.



pimprenelle 17/09/2010 18:25



A condition que l'instruction soit bien dirigée. Je m'aperçois que beaucoup d'enfants ne sont pas intéressés par l'histoire. C'est vrai qu'elle n'a jamais été très attrayante à l'école
mais il y a quand même un minimum. Dans mes ateliers j'ai trouvé des petits en grosse difficulté. Heureusement que je ne faisais que de l'oralité !



ADAMANTE 19/09/2010 12:51



Une instruction bien "dirigée" est une instruction basée sur le respect de celui qui découvre. Drôle de mot "respect" n'est-ce-pas ?



pimprenelle 17/09/2010 15:19



Et si l'instruction était un atout ?



ADAMANTE 17/09/2010 17:36



Je pense que l'instruction, parce qu'elle favorise la réflexion, est toujours un atout.



pimprenelle 16/09/2010 18:38



Le conte nous plonge dedans tout de suite. Vois ce qui se passe depuis que l'oralité existe et a été retranscrite. Je me demande parfois pourquoi un tel recommencement.



ADAMANTE 16/09/2010 22:22



Les cycles de l'oubli sans doute.



Bruno 01/02/2010 17:46


Un témoignage clairvoyant sur le basculement de la société et des enseignements, espèrons-le, mais j'en doute, à tirer pour l'avenir...tout semble se répéter à l'infini
Merci pour ce partage
Bises


ADAMANTE 01/02/2010 18:40


On nous a fait de bien mauvaise mœurs en vérité ! Bises


femmes en 1900 01/02/2010 15:39


bonne journée


ADAMANTE 01/02/2010 18:40


bonne soirée


Frédéric 31/01/2010 23:28


Merci pour ce texte dont tu parlais et qui me touche bcp d'abord par son auteur, ensuite par le fait qu'il écrit à sa femme et enfin pour au moins deux choses sur le fond, tout d'abord quand il
dit :
"Il ne s’agissait rien moins pour eux que de faire exterminer une grande partie de la population parisienne, et de
réduire ensuite à la condition d’esclaves tout ce qui dans la France entière n’aurait échappé au massacre qu’en se mettant humblement à la disposition des nobles, en tendant, sans murmurer, les
mains aux fers préparés par les tyrans." cela arriva 81 ans plus tard avec le Bourreau de la Commune

Mais les tyrans n'étaient plus tant les nobles (encore qu'un bon en fissent partie) mais la bourgeoisie de la finance qui arrive à son comble sous forme oligarchique à notre époque

et enfin ce dernier passage : "

Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent
et récolteront ce qu’ils ont semé, car tout cela, ma pauvre femme, aura à ce qu’il paraît, des suites terribles : nous ne sommes qu’au début.  "  parce que c'est déjà
porteur des principes de la non-violence, répondre à la violence par la violence fait de nous des barbares ! Regardons comment il est possible de ne pas s'abaisser, même si le chemin est souvent
complexe.



chaleureusement



ADAMANTE 31/01/2010 23:44


J'ai beaucoup appris de cette lettre et je suis contente de l'avoir retrouvée (il m'a fallu un temps certain!)
amitiés


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