30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 17:16

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Ce matin, le vent m’a murmuré un chant, Grand père,

Un chant de sagesse et d’amour

Un chant de liberté.


« Je connais la solitude du sommet de la pyramide

Je connais le feu du soleil, la brûlure du désert

Je connais la tendresse du solitaire pour le monde

Dans son jardin de formes et d’énergies

Je connais les limites et les exigences du pouvoir

Le plus haut sommet a toujours les pieds dans l’abîme

Seule la mer peut me faire oublier qui je suis

Elle me berce comme un enfant

Elle m’extrait de moi-même et de tout

Elle est miroir où je me reconnais étoile

Reflet de l’infini

Du haut de mon expérience

Je me sais seul et à ma place

Je n’espère rien d’autre que ce que je suis. »


Ce chant de sagesse, Grand père,

Je le chante pour vous

Confiant au vent le soin de vous porter ces mots.

 

 

©Adamante "Lettre à grand père"

12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 23:21

Meynardier dolmen copie

Le Dolmen de Meynardier 23

 

L’océan de lumière, Grand Père, ce sont ces petits points blancs luminescents, que j’ai découverts, il y a quelques années, à Meynardier, dans la Creuse, lors d’une superbe journée d’hiver sous un ciel bleu, sans un nuage.


Nous étions allés, avec un ami, visiter ce site mégalithique. Nous y avions pratiqué un peu de Qi gong, tant l’atmosphère se prêtait à  cette méditation en mouvement. Puis, nous nous étions allongés sur la pierre froide du dolmen pour nous pénétrer de son calme, de sa force, de sa paix.

Nous cherchions, sans trop nous l’avouer, à découvrir son histoire, à pénétrer une fenêtre du passé pour tenter d’apercevoir une bribe de rituel.  Les yeux fermés nous nous étions laissés glisser dans l’oubli de nous-mêmes, dans cette zone où se confondent présence et absence.


Lorsque j’ai rouvert les yeux, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que l’espace, jusqu’à l’infini de mon regard, était peuplé de milliards de petits points blancs, brillants, d’une densité incroyable, qui dansaient les uns autour des autres, dans une chorégraphie vive et intelligente. Tout cela me semblait avoir un sens, une raison.

Ces particules tournoyantes me faisaient penser à ce que les scientifiques nous enseignent sur la structure de l’atome, des électrons tournant autour d’un noyau.

Toutes ces lumières fusant sur le bleu du ciel formaient un tableau fascinant.


Je plissais plusieurs fois les yeux, afin de chasser ce qui aurait pu n’être qu’une hallucination visuelle, mais quand le les rouvrais le même spectacle m’attendait. Où que je porte mon regard ces petits points étaient là, vivants, tourbillonnants, d’une formidable vivacité. Ils étaient partout, jusqu’à l’infini, ils baignaient la nature et nous les respirions.

Je savais vivre là un moment exceptionnel, je découvrais une face cachée, j’expérimentais un nouveau regard. Curieusement, cette nitescence qui me tenait sous son charme me semblait naturelle, comme la beauté est naturelle, et cette beauté là était de l’ordre de la magie, la seule vraie magie, celle de la vie, de la nature.


Alors, je demandais à la personne qui m’accompagnait : « tu vois ce que je vois ? » et elle m’avait répondu : « je vois plein de petits points dorés qui brillent dans l’espace ! »

Mis à part la couleur des points, nous assistions donc au même spectacle.

Nous regardions ce tableau incroyable dont nous sentions, que nous étions partie, et qui était là, aussi naturel que les arbres alentours.

Puis nous sommes rentrés, le regard voilé, mais troublés et riches de notre découverte.

Pour ne pas oublier, nous avons décidé d’écrire une petite pièce de théâtre en direction des enfants, parce que  les enfants comprennent si bien la magie. Elle mettait en scène ce que nous avions appelé « les fées ».

Aussi longtemps que je vivrai, je sais que je n’oublierai jamais cette féerie.


Maintenant, Grand père, lorsque je parle de fées, ce sont à ces petits points lumineux, à ces minuscules étoiles que je fais référence, elles sont la vie, leur pouvoir est immense.

Je sais aussi que ces points, que nous ne voyons pas en permanence, ou beaucoup moins nombreux selon les lieux, sont ce que l’on appelle le souffle, l’énergie de vie, cette énergie qui nous baigne et nous compose, et que j’appelle aussi « la Source ».

 

Boire à la Source, Grand père, c’est s’ouvrir à cette perception et en respirer la force, en conscience.

 

Bonsoir, Grand père, les fées vous accompagnent.


©Adamante

 

Meynardier menhir

21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 23:48

IPANEMA-copie-1


Il me semble revenir de très loin, Grand père. De plus loin que ma peine.

Hier, le ciel s’est lavé de son eau, la nuit était magnifique.

Ce matin bouvreuils et mésanges chantent dans le pommier, ils fêtent le retour du soleil.

Je ferme les yeux pour goûter ce renouveau, je ne pense plus, je m’installe dans le calme, c’est tellement bon de n’exister que par ces stimuli extérieurs.

Je glisse profondément dans cet instant de pur bonheur. La pensée d’Ipa doucement s’installe, j’en ressens de la joie, il est là, plus vivant que jamais et je lui parle Grand père. Je lui parle comme on parle aux fleurs, aux plantes, à la nature. Je lui dis ces mots que l’on réserve à ce qui est bon, à ce qui est beau, à ce qui est simple, je lui dis :


«Je t’aime d’un chagrin plus calme aujourd’hui, c’est doux comme une de tes caresses. Nos meilleurs moments s’éveillent en moi, petite brise d’été sur le bleu de ta fourrure. Juste une lueur d’eau dans tes yeux, les paupières se ferment sur un soupir. Où es-tu ?»

 

Et la magie opère, Grand père, des mots portés par le souffle m’arrivent :


«Je suis là. La branche du saule qui s’agite, c’est moi ; la voix du carillon chinois c’est moi encore ; l’air qui pénètre tes poumons c’est moi, toujours.

Je suis partout, jamais je n’ai été si proche. Ce fond de douceur, c’est moi aussi, c’est moi surtout. Le vent fait danser mon âme pour que tu me rejoignes. C’est moi aujourd’hui qui te caresse, ta joue est douce, le sais-tu ? Et le parfum de tes cheveux porté par le vent fait chavirer les feuilles. C’est le sacre de notre amour.


Aurais-tu peur de  ces quelques gouttes d’eau sous le ciel sans nuage ?

C’est le trop plein d’émotion qui s’échappe, juste une rosée, ne la retiens pas, elle se cachera désormais loin de tes yeux. Moissonne la tendresse, la moindre perception te parle de moi, le sens-tu ?


C’est moi qui te berce aujourd’hui, écoute tous ces petits mots sans aucun sens qui sont là pour ça. Garde tes yeux clos, sois plus proche, partage en retour ce que tu m’as offert. Chut... pas de hoquet, pas de regrets, ne laisse pas se briser l’instant, coule-toi en lui, oublie tout, que le miracle s’accomplisse.


Deviens l’embryon dans son oeuf, tout autour, je suis. Laisse-moi te couver, le germe grandit, le sens-tu ?

Patience ma Dame, patience, le jour de la récolte est proche. N’attends rien et reçois, coule-toi dans les flots de l’air.


Douceur et tendresse, il ne faut rien de plus pour que naisse la vie.

Je suis la vie, face nuit, mais ce n’est pas le domaine de l’ombre.

Mon corps appartient à la Terre, moi j’ai rompu les chaînes du temps, c’est pourquoi je peux te murmurer ces mots.

Aujourd’hui c’est le vent qui me porte, mais ce pourrait être l’eau, la terre, le bois, le feu... Je suis dans tout si tu ne te fermes pas dans ton chagrin. Souris!

J’aime ton sourire tu sais!»


Maintenant Grand père, quand je regarde se balancer le saule, c’est lui que je vois.

Les fées d’ici ont enchanté ma vie Grand père, mon immense chagrin s’est  transformé en joie.


Que vive l’amour Grand père,

Que vive la tendresse, et que chaque être sur la terre puisse les rencontrer.


Je m’incline sous le vent pour te saluer Grand père.



©Adamante "lettres à Grand père" dépôt SACD


15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 10:48

Le canard : symbole de la fidélité, en voici un tout seul sur le canal de l'Ourcq...


 

 

J’aimerais qu’il neige aujourd’hui Grand père. Pour que, même sans soleil, la lumière du ciel se reflète sur le blanc.

Je ne connais rien de plus beau, rien de plus simple, rien de plus fascinant.

Ce blanc vertigineux est un puissant appel au voyage, un clin d’œil de l’infini pour nous extraire de la routine.

Je n’ai jamais vécu le désert Grand père, et j’imagine que cette étendue-là aussi, est ouverture.


Je me sens libre aujourd’hui, après toutes ces années, je crois avoir abordé cette rive sur laquelle je vais pouvoir enfin marcher sans crainte, marcher avec la volonté de ne plus jamais regarder en arrière.


Voici sonnée la fin d’un cycle Grand père, je vais commencer l’œuvre pour laquelle je suis venue. Loin d’être une fin, cette liberté reconquise marque le début de ma vie.


J’étais un flocon Grand père, j’ai connu les aléas des courants, les chocs silencieux, le vertige, le doute, la solitude extrême au cœur de la multitude, le manque de tendresse, l’espoir et son contraire.


J’ai craint tour à tour de me brûler, de me dessécher, de me perdre, de disparaître.

J’ai lutté pour survivre, pour comprendre, me connaître.

Quand enfin je me pose, je sais ne disparaître à toutes ces formes que pour mieux rayonner le fond.

«Je», aujourd’hui Grand père, c’est moi en totalité, jamais il n’a été si proche de toi, il fusionne.

Moi, sans Toi, Grand père, ça n’existe pas.

«Je» aujourd’hui Grand père, c’est Nous.

Oui je voudrais qu’il neige aujourd’hui Grand père, pour lire sur la terre le reflet du ciel.


Marchons, marchons Grand père, et que notre chemin soit long.


© Adamante "lettres à Grand père" dépôt SACD

                                                                                                                       

23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 21:00

 

J’ai beaucoup pensé à vous Grand père, ces derniers jours et j’ai rêvé de ce moment où, assise à ma table, je vous retrouvais dans l’intimité de nos échanges.

 

La ville m’a reprise. Les prémices de l’hiver n’ont aucun sens ici. Ils s’effacent derrière les immeubles, et les rues agitées. C’est une autre forme de vie, de confort et de facilité.

 

Comme ils semblent loin les esprits de la nature et si loin l’âme de la campagne.

La pluie sur le bitume n’a pas le même chant, ici le regard est limité dans l’espace, il semble plus difficile d’y aborder la rive des mystères.

Tout serait si différent sans le béton, les vieux quartiers en témoignent.

 

L’avez-vous déjà écoutée Grand père, la respiration de la vieille ville ?

Elle murmure à l’oreille des passants les secrets d’autres générations ; elle est le témoin discret de leur passage. Vous le savez Grand père, les vieilles villes sont des livres écrits dans la chair des pierres.

Les pierres s’éveillent à la tombée du jour pour laisser filtrer l’haleine d’un temps révolu. Ce n’est qu’aux heures de la nuit Grand père qu’elles nous offrent de pénétrer leur mémoire.

Ce savoir-là ne peut se transmettre en pleine lumière, à des non-initiés, dans le bruit et l’agitation.

La nuit est le moment le plus favorable, à la marge du réel, avec juste l’écho de nos pas dans les rues désertes, mal éclairées.

 

Les paroles des pierres se libèrent alors dans l’ombre. Ceux qui les guettent s’engagent dans un grand jeu de cache-cache avec le temps, qui parfois se livre et parfois se refuse.

Mais sont-ce vraiment les pierres qui s’expriment  ou  notre imaginaire ?

Ce qui compte après tout c’est d’écouter ce qu’une voix murmure, car il n’est pas de murmure gratuit.

 

Il faut de la patience pour apprivoiser le murmure des pierres, elles ne se livrent  pas comme ça, au premier venu.

 

D’abord elles vous observent, elles vous testent en vous lançant quelques bribes de leurs secrets, et si vous les percevez ces secrets, si vous arrêtez l’instant pour les écouter, si vous vous en montrez digne, alors peut-être aurez-vous la chance d’en savoir un peu plus, une autre nuit, une autre fois.

Lorsque vous reviendrez, elles vous reconnaîtront; vous pourrez alors gagner leur confiance, vous engager sur le chemin de la découverte.

Vous entrerez dans le cercle fermé des initiés pour qui la simple image d’une rue déserte, baignée par la lueur blafarde d’un réverbère, est une invitation à passer de l’autre côté de la réalité habituelle.

 

Je suis de ceux-là  Grand père et le quartier de Saint Méry, à Paris, qui a perçu tant de fois l’écho de mes pas sur ses pavés, que j’en oublie le nombre, peut en témoigner.

 

Voilà Grand père, en vous écrivant, je marche, et l’écho de mes pas résonne à mes oreilles pour accompagner mes mots.

La nuit est là et sans sortir de chez moi, je voyage.

 

Faisons silence et écoutons, Grand père, l’heure n’est plus au bavardage.

 

©Adamante

"Lettres à Grand père" dépôt SACD

8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 09:48

 

Rayonnement.jpg

 

Un jour… Un autre… Grand père

 

Qui n’a jamais rêvé, la nuit, sous le ciel étincelant d’étoiles ?

Qui n’a jamais ressenti ce trouble de la multitude ?

La beauté d’un ciel étoilé est un miroir dans lequel se reflète notre âme, dans lequel notre esprit exhale son parfum.

En contemplant le ciel, nous percevons intuitivement que nous sommes à notre place, un petit éclat de lumière et que de là-haut, peut-être, un autre au même instant nous observe. Voit-il la Terre en bleu ? Grand père, ou est-il trop loin ?

Ne voit-il de nous qu’un point lumineux entouré de myriades semblables à celles que nous voyons ?

Ce questionnement nous invite au rêve tout en nous effrayant.

Ceux-là ne seraient-ils pas plus vindicatifs que nous le sommes ?

Ce questionnement, je crois, n’est qu’un premier pas vers la compréhension.

La vie revêt une telle multitude de formes et d’expressions !

Toutes ces expressions, toutes ces formes, semble-t-il, nous les avons en nous. Nous sommes de la même essence, nous vibrons de la même vibration.


Souvent je me demande, comment les plantes perçoivent-elles ce ciel de nuit qui nous fait rêver ? Et les animaux, qu’y voient-ils ?

N’est-ce pas là une question bien plus complexe encore que celle de savoir si nous sommes les seuls humanoïdes dans l’Univers ?

Elle revient à se demander ce qu’est la vie et son pourquoi.


Si nous prenons conscience que l’Univers nous lie à tout ce qui est autour de nous, par ce qui nous compose,   à ce qui vit et vibre, comme si nous étions partie de ce grand corps cosmique, ce qui fait que l’autre est présent en nous, nous commençons à comprendre la logique du rayonnement.

La vie est mouvement et ce qui bouge est chaleur.

Les lois de la physique font que tout ce qui est chaleur rayonne.

Si nous avons la capacité de rayonner  notre lumière, ainsi que le font les étoiles, si par cette sorte d’écho qu’elles induisent en nous, les étoiles nous amènent à prendre conscience de notre propre lumière, nous parlons et comprenons alors un langage universel, nous formons une unité avec le tout.

Par le rayonnement, on peut imaginer que chaque pensée, chaque parole est agissante dans l’Univers en son entier.

Les bonnes comme les mauvaises pensées auraient donc un pouvoir d’action que nous aurions tort de négliger.

Ainsi, des vagues de froid, de tristesse, parfois de désespoir, nous submergent, sans que nous comprenions pourquoi, et une seule vague d’amour peut nous en libérer.

Cette force de la pensée est semblable à celle de la prière.

La prière, qui est élan, par le contact qu’elle permet avec la source, nous ramène la chaleur et le goût de la vie, elle nous  extrait de nos ténèbres.

Cet élan du cœur est dans ce cas, bien plus efficace qu’une litanie.

Prier ainsi, aussi simplement, en don total de soi, comme un tout petit enfant, nous emplis jusqu’à déborder.

Ce débordement, c’est la naissance du rayonnement.

Communicatif, le rayonnement se propage de l’un à l’autre, à l’infini.

Il est feu.

Ce feu, c’est l’Esprit.

Ce feu c’est l’Amour.

Il nous lie, il nous fait frères.

Nous devenons astre parmi les astres.

Nous savons ne plus être seul.

Nous nous reconnaissons partie agissante de la multitude.

 

Il n’y a pas de petit feu, Grand père, il n’y a pas de petite lumière.

La moindre étincelle a la vertu d’embraser l’immensité.

Il nous suffit parfois de regarder le ciel pour s’en convaincre.

 

©Adamante

"Lettres à Grand père" déposé SACD

3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 07:00

DEFI n° 28


Avertissement : j'avoue ne pas avoir respecté  les règles, n'avoir pas fait le ménage de printemps et n'en avoir aucun remord.

Mais vous le savez : je ne suis pas sage ! Alors...


Alors, une fois dans le grenier, je me suis mise à rêver et à parler à Grand père, tout le reste a disparu et, j'ose le dire :  j'y ai trouvé un immense plaisir.

 

  

Lelivre-mille-1nuits-copie-1.jpgT’en souviens-tu du grenier de grand père, Grand père ?


L’entrée de mon refuge se trouvait dans la chambre de mes parents, au premier étage.

Dès la porte refermée, l’odeur, si particulière aux lieux ayant une vie propre, entre poussière et cire d’abeille, m’accueillait.


Quel ravissement, l’adrénaline aventurière m’extrayait soudain du monde habituel et le temps s’arrêtait.

 


Après une volée de marches grinçantes grimpées à toute hâte, je débouchais dans le temple aux trésors.

Là, je prenais le temps de m’arrêter pour embrasser du regard l’ensemble de mon domaine.


Suspendu à une poutre, je voyais tout d’abord l’extracteur dont grand père se servait pour récolter le miel de ses ruches. J’aimais ce gros cylindre qui prenait vie une fois l’an pour nous offrir le soleil des abeilles et des fleurs, ce ruban d’or qui s’écoulait plein de promesse pour le palais.


En face, quelques cannes à pêche, des filets et des lignes de fond attendaient sagement, accrochés à de gros clous de charpentier, plantés dans l’épais mur de pierres, la main qui depuis peu ne venait plus les décrocher.

L’âge met fin aux expéditions matinales des plus intrépides et c’était mon plus grand regret. J’avais tant rêvé de partager ces aventures alors que j’étais trop jeune…

Souvent je caressais les mailles des filets en imaginant les petits matins humides de rosée, le clapotis de l’eau accompagnant le mouvement cadencé des rames ; je voyais le filet se déployer lentement derrière la barque, dans le silence qui précède le lever du jour. J’y étais, j’engrangeais des sensations, je vivais d’imaginaire. Je construisais mon âge adulte.


Tout au fond, près de l’angle d’où partait une grosse poutre du toit, cachée dans une vieille malle en bois et protégée par de vieux tissus inutiles, dormait une mandoline désaccordée, accompagnée de son recueil de musique. Qui, un jour, dans la famille, avait bien pu jouer de cet instrument  ?


Le prenant dans mes bras, j’ouvrais le livre près de moi, je m’asseyais sur la malle, pinçais une corde et je m’imaginais cet ancêtre inconnu, initié à la musique.

Il y avait un bal, des dames de l’ancien temps, à la taille fine, vêtues de longues robes et d’écharpes brodées, parées de merveilleux bijoux, resplendissaient dans les lumières. Elles dansaient avec des Messieurs distingués, en tenue sombre et pochette blanche, qui  les mettaient en valeur.


Mon ancêtre était là qui jouait dans l’orchestre, sur l’estrade, dans un coin du salon.

Parée moi-même de quelques oripeaux, dont un vieux boa de plumes noires qui me faisait éternuer, j’esquissais quelques pas de danse et virevoltais avec délice, tenant entre mes mains les manches d’une vieille veste d’homme, mon cavalier.


À un moment, las de danser, nous nous interrompions pour prendre le thé, dans un vieux service ébréché abandonné à la poussière dans un coin du grenier, une pure merveille.

Je jouais d’un vieil éventail mité et nous échangions quelques propos sans importance en faisant mine de nous amuser. Quelles merveilleuses réceptions c’était là ! Un vernis à faire pâlir d’envie les images d’Épinal.


J’étais enfant, c’étaient là mes trésors, mais ceux qui m’étaient les plus chers, ceux qui m’accompagnent encore dans un rayon de ma bibliothèque, deux tomes des Mille et une nuits de Jean Charles Mardrus.

Combien d’heures ai-je passé à feuilleter ces pages, à voyager dans les formes et les couleurs de ces enluminures magnifiques ?


J’en ai gardé le goût du beau, le goût du rare, le goût de la phrase bien faite, le goût du retirement que nous offrent les livres, loin du bruit et de l’agitation.

Tous ces trésors vivent en moi Grand père, personne ne pourra me les enlever, ils sont miens à jamais.


Voilà Grand père, refermons doucement la porte pour ne pas réveiller les ombres qui peuplent aujourd’hui mon refuge.

 

©Adamante

 

  COMMUNAUTE CROQUEURS DE MOTS

23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 19:37

 

  Que-la-nuit-te.jpg

 

 

La nuit est bleue, Grand père, du bleu de la pleine lune, dans un ciel sans nuage.

J’oublie les immeubles.

Sous le ciel c’est la forêt qui respire, les sources, l’herbe et le cœur de la terre qui rythment cette fête de l’esprit.


Dans cet océan nocturne, quelques stratus égarés glissent, comme des âmes pressées, vers un rendez-vous incertain.

Tout passe et disparaît. L’écran sombre est de nouveau vierge de toute présence.

La lune solitaire veille. Je la contemple.


Qui demain observera la nuit, derrière ce carreau qui me sépare d’elle, lorsque j’aurai à mon tour quitté le décor de la vie ?


Oui tout passe Grand père, et qui sait si la lune ne regarde pas ces milliards de petits hommes, qui naissent, se pressent et disparaissent, comme je le fais des nuages.

Ils traversent si rapidement la nuit que l’on pourrait se demander s’ils ont jamais existé ?


Pourtant il n’y a ce soir aucune place pour la tristesse, Grand Père.

Je m’imprègne de l’instant, de sa beauté, et je me dis que j’ai bien de la chance, à cette heure où tout le monde dort d’être là  éveillée, à surprendre les secrets de l’ombre, les secrets révélés par l’éclat de la blancheur lunaire.


Mais cet éclat, c’est trop pour moi seule ce soir Grand père, il me faut le partager avec toi.


Que la nuit te soit douce Grand père, qu’elle soit favorable à ceux qui souffrent de ne pas te connaître. 

 


                                                                                               ©Adamante "lettres à Grand Père" dépôt SACD

11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 18:43

Vent.jpg

 

L’orage gronde, Grand Père,


Aujourd’hui il y avait aussi de l’orage dans ma tête. J’avais oublié qu’en plus du vent, j’étais fille de l’orage.


En revenant de cette exposition, il me semblait qu’il m’attendait, que j’allais  à un rendez-vous depuis longtemps programmé, excluant tout hasard.

Je savais, comme l’on sait sans plus d’explication, qu’il m’accueillerait dès mon arrivée au village.


Plus je roulais, plus j’avançais vers la menace du ciel. Je fonçais vers la tourmente et j’en ressentais un mystérieux plaisir.

Ce plaisir si particulier que l’on a, lorsque l’on est enfant, à partir à la découverte d’un endroit chargé d’ombres, qui nous laisse le  loisir d’inventer de superbes histoires dont on est le héros.


J’ai ainsi visité une grotte non loin de Viens, dans le Vaucluse. Avec mes cousins, nous avions utilisé des bougies pour tenter de percer les ténèbres, les ombres qu’elles projetaient nous faisaient jubiler de crainte.

Nous ressentions cette vieille terreur de l’inconnu, celle-là même qu’affectionnent tant les amateurs de légendes, d’histoires fantastiques ou de films de vampires.

L’humanité aime cette plage du temps, si particulière, qui laisse présager une fracture possible du quotidien permettant de penser «qu’il va enfin se passer quelque chose»!

 

Les premières gouttes m’ont accueillie, comme je l’avais prévu, dès ma sortie de voiture.


- «Salut toi, tu arrives à point, dans cinq minutes, j’abats ma carte : vent violent !»

- « Parfait, je rentre ! »


À peine avais-je refermé la porte qu’une mini tempête fit tourbillonner les feuilles en secouant violement les branches.

Elle balaya illico le vague sentiment d’oppression qui m’accompagnait depuis le matin.

Comme ça fait du bien d’être en harmonie avec les éléments Grand père.


Avec le tonnerre, et la pluie qui martelait le sol, j’avais l’impression d’être un géant donnant un grand coup de pied dans une fourmilière, littéralement, je tonnais.

J’entrais dans la fureur ambiante en foudroyant tout ce qui pouvait m’annihiler.

Je m’exorcisais par la voix de l’orage.


Lorsqu’enfin le calme revint, fatiguée mais libre, avec les effluves de la sauge et du romarin, je reçus le premier sourire du jour.


Je ne pouvais que le partager avec vous Grand Père.


 

©Adamante

Lettre à Grand Père dépôt SACD


8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 22:30

 

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Qu’est-ce que la vie Grand père, sinon un équilibre fragile!
Au domaine de l’équilibre, rien ne va sans son contraire, c’est en quelque sorte une obligation naturelle. Mais le propre de l’équilibre est d’être instable.
 
L’homme, insatisfait, refuse de reconnaître sa vraie nature, il trouve une curieuse satisfaction  à dissimuler son visage de prédateur sous un masque angélique.
Mais la nature est la nature, elle a conçu toutes sortes d’espèces, de tous caractères, toutes mues par la dualité. L’homme possède deux visages, il ne lui suffit pas de passer un masque pour tromper la réalité.

 
L’homme pense, c’est là sa grandeur et sa perte.
Il s’est donc forgé une image de bien pensant, puis il a inventé le bien et le mal, la justice, il s’est tracé un cadre pour tenter d’oublier la ronde infernale des mâchoires et des mandibules et se prémunir contre ses instincts.
Enfin, il a inventé la vérité, pour se border dans ses croyances et se trouver une raison d’être. La vérité est à son sens une arme souveraine contre le doute, elle est le refus de s’appesantir sur l’absurdité que serait cette vaste pantomime, si nous devions être condamnés  au néant. L’histoire nous le prouve, l’homme est toujours prêt à se battre pour défendre sa vérité et tenter de l’imposer aux autres, prêtant même à ses Dieux ses instincts de guerrier.
Mais La Vérité, Grand père, où se trouve-t-elle ?

Je doute qu’elle se satisfasse des guerres menées en son nom.
 
Toi Grand père, tu es mon espoir de n’être pas simplement un individu fugace dans la ronde des générations.

 
Je suis de l’espèce hominidé et je ne peux concevoir que la vie, quelle qu’en soit la forme ou l’expression, ne soit que cette grande inanité vorace et belliqueuse, elle  m’apparaît plutôt comme un vaste champ d’expériences, un parcours durant lequel nous pouvons nous améliorer.

 
Je suis persuadée qu’il n’est pas un seul être ici-bas qui soit là par hasard ou pour uniquement assouvir cet appétit infernal propre à toutes les espèces.
De la bactérie à l’humain, nous poursuivons notre chemin de découvertes, nous capitalisons nos expériences, nous progressons vers un inconnu incertain qui à la fois nous effraie et nous attire.
 

Tout a sa raison d’être, j’en ai la certitude, et les hommes qui ont le goût du temps qui prend son temps, le goût d’un regard qui se pose et s’éternise dans le silence, le savent, la vie tient tout entière dans la foi que nous avons en elle.


 

©Adamante

"Lettres à Grand Père" dépôt SACD

 


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  • Adamante
  • Comédienne, metteur en scène, diplômée en Qi Gong, j'écris, je peins.
  • Comédienne, metteur en scène, diplômée en Qi Gong, j'écris, je peins.

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Mantras de l'espace

NASA-Voyager recording - mis sur You Tube par Hryzunik

Fermez les yeux, écoutez le chant troublant des ondes électro-magnétiques...