Je vous invite à partager mes créations, reflet de la vision que j’ai de la vie, au travers de la peinture, du théâtre, de la poésie & de l’écriture ainsi que des techniques de bien être, en particulier du qi gong. Adamante
Pour ce Jeudi en poésie, j’ai envie de vous faire partager un moment de pur bonheur, en compagnie de l'oncle Jules et de Julbis, savoureux personnages de André Hardellet.
L'oncle Jules, éditions Régine Deforges.
André Hardellet, poète, romancier, est né à Vincennes le 13 février 1911 il est mort à Paris, dans le quartier de St Merry le 24 juillet 1974. Il repose au grand cimetière de Pantin.
Il est, entre autre, auteur de la chanson "le bal chez temporel" mis en musique par Guy Béart.
Le personnage de ce livre, l’Oncle Jules (Jules Dubois) est conducteur du bus 29 (gare St Lazare – Porte de Montempoivre). Il est enjoué, avec un soupçon de poésie et porte (comme l’auteur) les moustaches (des moustaches charmeuses).
L’oncle Jules aime la pêche à la ligne, la belote, l’imaginaire, la pétanque, faire la cour aux demoiselles (sans parler des dames mariées ou non).
Il a pour habitude de passer ses vacances, chez son beau frère, à Briquebec-la-Sautée, en Normandie.
Dans l’extrait que je vous propose, il explique à son neveu Jules, dit Julbis, 6 ans, le coucher du soleil.
L’oncle Jules est revenu de la pêche avec un magnifique brochet et il est tout content.
Le jour décline, le soleil va se coucher, le ciel a pris une couleur orange.
L’oncle Jules le montre à son neveu.
- Regarde comme c’est beau, Julbis. Le soleil se couche.
- Où c’est qu’il se couche, le soleil ?
Geste vague de l’oncle vers l’horizon.
- Par là
- Où, par là ?
- De l’autre côté.
- De l’autre côté de quoi ?
- Eh bien… euh… de l’autre côté de la terre.
- Comment qu’elle est, la terre ?
- Ronde.
- Ronde comme un ballon, oncles Jules ?
- Tout juste. Un très gros ballon naturellement.
- Mais un ballon, il a pas de côté, il est partout pareil.
L’oncle Jules commence à se trouver embarrassé
- Écoute Julbis, le soleil, il ne se couche pas réellement. C’est une façon de parler.
- S’il se couche pas, pourquoi qu’tu dis qu’il se couche ?
Ça devient de plus en plus coton. Oncles Jules décide de faire machine arrière pour s’en sortir.
- Allez, je te fais marcher Jubis. Il se couche vraiment le soleil…
Oncle Jules prend son élan et fonce.
-… Il se couche dans un lit immense, à sa taille parce que, avec lui, faut ce qu’il faut rayon confort. J’en ai vu un chez Lévitan, à Paris : il était long comme d’ici à Saint-Joseph, plus long même, et large à proportion. Un lit pliant, en outre, pour qu’on puisse le transporter où ça lui plait. Dans un coin tranquille de préférence. Car il n’aime pas la foule quand il se déshabille. Le problème, retiens bien Julbis, c’est la question de température, parce qu’il est drôlement chaud, le gars.
- Ça oui, t’as raison. Même que l’année dernière j’ai pris un coup de soleil. Avec des cloques. J’suis pourtant habitué.
- Tu vois. Et tu étais très loin du soleil, alors imagine de près ! Donc, il collerait le feu à tout le plumard, aux draps, aux oreillers, aux couvertures. Sans compter le sommier.
On a cherché et finalement, le meilleur truc qu’on a trouvé, ça a été le Pôle Nord.
Tu connais le Pôle Nord, Julbis ?
- Oui, un peu, comme ça. Paraît qu’cest tout en glace, avec des ours blancs.
- Exact, tout en glace et c’est ce qui est important, les ours c’est secondaire. Et puis, elle ne coûte rien la glace, il n’y a qu’à se baisser pour en prendre. Alors voilà. La veille pour le lendemain, le soleil il envoie un message radio indiquant l’endroit où il a l’intention de se coucher. Des avions de transport partent pour le Pôle et font le plein de glace. Quand les cales sont remplies, ils décollent et s’en vont atterrir où le soleil l’a dit. On décharge la glace qu’on met dans de grands sacs en caoutchouc et, ces sacs on les lui file partout dans son lit et autour. Lui, le soleil, sa journée est finie. Quand il s’amène pour se coucher, tu penses s’il se sent bien et à l’aise comme dans une piaule conditionnée. Et la literie, elle reste intacte. Un peu humide, peut-être, mais ça aura vite fait de sécher. Et le lendemain, à l’aube, quand il se lève, le soleil, il est bien reposé et il repart comme en quatorze…
Deux jours plus tard, Julbis rencontre l’instituteur Monsieur Précis, qu’i s’en va faire sa belote au café Les Amis.
- M’sieur, M’sieur, j’sais comment y s’couche, le soleil ! C’est mon oncle Jules qui m’la dit.
- Tiens, tiens. Et comment donc, mon petit ?
- Dans un grand lit, comme l’oncle Jules en a vu un chez Lévitan…
Je ne vais pas reproduire ici, ni toute l'histoire, ni tout le bouquin, l'éditeur ne serait pas d'accord, mais si vous avez aimé, vous pouvez vous le procurer, illustré par Wiaz, aux éditions Régine Deforges. Un beau cadeau à faire. Un formidable auteur à découvrir.
Adamante
Merci à SNOW de m'avoir offert cette photo pour illustrer l'article.